16/02/2008 Compte Rendu de l' Eco Trail de Paris par Vincent



16/02/2008 Compte Rendu de l' Eco Trail  de Paris par Vincent
Tout commence par un post de Monsieur Pascal S sur le forum du club à la mi-décembre (à cause de lui, son fiston n’a pas fini de bouffer des tours de terrain de rugby…c’est dégueulasse mais c’est comme ça et puis c’est tout !). Pas moins de 80km, un tracé et un concept sympa (ils appâtent quand même les coureurs avec une arrivée d’anthologie au 1er étage de la Tour Eiffel)…ouais mais pas une course pour moi à ce moment là de l’année (ça fait tôt quand même mi-février pour un objectif comme ça quand on a plutôt pour habitude de se préparer pour des courses vers juin-juillet). J’adore le trail mais mon expérience se limite à des courses de 20-30 bornes une à deux fois par an depuis quelques années (dont certaines en moyenne montagne). Cette première édition se fera sans moi.

Au détour d’une conversation téléphonique avec mon pote David, je lui parle de la course.

David : « Combien il y a de kilomètres ? » Vincent : « Environ 80 bornes » David : « Hein !!! Combien ? 80 kilomètres ? C’est quoi ce truc de taré ? »…..s’ensuit une longue conversation (genre comptoir du café des sports qui philosophe sur l’entraînement) sur la précocité, dans une saison, de s’engager sur ce type d’épreuve (surtout quand on n’est pas spécialiste) et puis ça laisse pas beaucoup de temps pour se préparer.

Deux jours passent et re-téléphone. David : « Dis donc Vincent, j’ai réfléchi à ton trail de 80 bornes…tu vas être papa, la course a lieu avant la naissance de ta gamine, on n’a pas vraiment d’objectifs cette année, pas grave si on met des mois à s’en remettre…et tatati et tatata Vincent : « Non David, non, je te vois venir avec tes grands sabots » Puis plus tard Vincent : « Ouais, et puis t’as raison, si on les fait pas à nos âges les défis à la con entre potes… ».

Nous sommes juste avant Noel et nous voilà inscrits pour la plus grosse connerie de l’année 2008 (fortiche quand même, faire des conneries avant que la nouvelle année ne commence). Au rythme où vont les inscriptions dans les premiers jours, il semble que la course sera rapidement complète (1000 dossards disponibles). En fait, il n’en sera rien le jour J puisqu’un peu moins de 900 trailers étaient au départ.

En moins de deux mois, on essaye de se préparer comme on peut : quelques longues sorties rando-trail dans les bois qui seront en partie traversés par la course, je continue de nager 2 fois/semaine et de faire un peu de vélo. Au niveau course à pied, je garde quelques séances de qualité (VMA, Seuil). On essaiera aussi d’arriver le jour J avec un maximum de fraîcheur (dernières sorties longues 15 jours avant).

Jour J moins 1 : retrait des dossards à Issy les Moulineaux

On décide d’arriver tôt en ce vendredi après-midi (veille de course) mais nous avons tous eu la même idée. Du coup, une belle queue d’environ ¾ d’heure pour retirer les dossards et faire vérifier le matériel obligatoire (réserve d’eau, éclairage, couverture de survie…). Autour de nous, ça discute sec et ça sent l’expérience : du Trail du Mont-Blanc par ci, une Diagonale des Fous par là, une SaintéLyon (toutes ces courses représentent le must de l’ultra en Europe)…un vrai monde de spécialistes de ce genre d’épreuve.

Jour J :

Réveil en douceur vers 8h du matin après une bonne nuit de sommeil (le départ est programmé à 12h30). Après un petit coup d’œil dehors (gros soleil), je prends un bon déjeuner amélioré (histoire d’être bien calé pour la journée car il va quand même y avoir du sport). Départ pour la base de loisirs de St Quentin en Yvelines. Certes, il fait très beau mais il y a un sacré vent froid (n’oublions pas que nous sommes en hiver) : on va bien se couvrir. Dernière vérification du paquetage (il ne s’agit pas d’oublier quelque chose : surtout le téléphone) et nous allons rejoindre la ligne de départ. Une photo, un dernier bisou à la future maman et on s’installe dans le sas. Il fait bien froid et ça fait bizarre de se dire qu’on part pour un effort qui se rapproche, dans la durée, d’un triathlon XL (et au mois de février qui plus est). On commence à se dire que ça va être une sacré belle aventure (et on se demande aussi ce qu’on fait là : la folie certainement !).

Il est 12h30 et c’est parti (pour le show, et c’est parti tout le monde est chaud…oups je m’égare) pour notre p’tite ballade qui nous verra traverser les plus beaux spots nature du sud de Paris (Buc, Versailles, Meudon, Chaville, Ville d’Avray, Parc de St-Cloud).

Partie I : Départ jusqu’au 1er ravitaillement (21ème km)

On se cale sur une allure d’environ 12km/h et la stratégie est claire : courir sur le plat (le plus longtemps possible) et marcher dans les grosses bosses (même dès le début) car il faut essayer de s’économiser au maximum. L’objectif fixé au départ de la course était de partir sur les bases d’un parcours en 8h30/9h (ambitieux). La première partie est relativement roulante et c’est bien agréable de courir par un temps pareil (les endroits traversés sont superbes). On essaye de bien s’alimenter et boire (une des clés essentielle dans la réussite de ce genre d’épreuve). Arrivée au 1er ravito dans les temps fixés (1h45), on prend le temps de recharger les gourdes, de manger un morceau et d’appeler la future maman (qui peut me faire la surprise de devoir accoucher à n’importe quel moment).

Partie II : 21ème km jusqu’au 50ème km

Sitôt le ravitaillement quitté, nous attaquons une belle bosse et ça ne fera que monter et descendre pendant 30 bornes. J’avoue que la distance séparant les deux ravitaillements m’inquiète un peu. Plus le temps passe et moins nous allons vite. Nous devons être vers le 35ème km et ça commence à tirer dans les jambes (inquiétant alors que nous n’avons pas encore vu la mi-course). Le moral est toujours là et on se rassure en arrivant sur des endroits connus. On aperçoit les 1ers « crampeux » sur le bord du chemin (putain, si en plus les crampes s’y mettent, aie aie aie). Nous quittons ponctuellement une forêt, en empruntant des portions en ville (traversées par-dessus la N118, courses sur les trottoirs…), pour rejoindre une autre forêt. On passe enfin la mi-course (mentalement c’est soit la politique de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine : au choix) et le pointage des commissaires. Alternance de périodes bof à passables ou nous n’arrêtons pas de nous faire dépasser par des vétérans 12 et des coureurs à physique de sédentaires. Le fond a de toute façon déjà été touché vers le 25ème km quand « Super Débile » nous a doublés. Le trail ça rend humble !!!

La partie du corps qui morfle le plus : les pieds. Ils sont véritablement meurtris (dans chaque descente, ils viennent en butée sur l’avant de la chaussure). Contrairement au vélo où les descentes sont salutaires pour pouvoir souffler ici c’est l’inverse, j’ai l’impression de récupérer dans les montées (musculairement moins traumatisant et pieds épargnés). J’ai peur à l’idée d’enlever mes chaussures, mes panards doivent être dans un sale état. Franchement, vivement le ravito du 50ème Km. Le jour déclinant, on sent la fraîcheur s’installer dans les sous bois. C’est en petite foulée (un petit 18-19 km/h) que nous arrivons enfin au 2ème ravito (en 270ème position). C’est marrant car sur chaque borne annonçant les ravitaillements, les organisateurs ont écrits des proverbes de ce style : « En vérité, le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout » Albert Camus

Ça fait du bien de voir du monde et des animations sympas. Dans la tête, pendant un instant (très court) tu te sens euphorique comme si c’était la fin de la course et rapidement tu te dis merde « encore 30 bornes ». J’en profite pour mettre des vêtements secs, boire une boisson chaude et manger un truc consistant (régime alimentaire sucré et salé en alternance pour éviter l’écœurement). La pause dure une bonne dizaine de minutes et c’est reparti. Re-téléphone à Madame : toujours pas de bébé en vue (peut-être au prochain ravitaillement).

Partie III : 50ème km jusqu’au 63ème km

La course commence réellement maintenant, va falloir s’arracher car on est décalqué physiquement : je sens, qu’à l’instar d’une jolie fille, la Tour Eiffel va se faire désirer. Nous basculons de Chaville à la forêt de Fausses Reposes (pour ceux qui connaissent) dans un décor magnifique : superbe coucher de soleil d’hiver sur les bois environnants. La luminosité est bonne en cette belle journée mais il devient nécessaire d’allumer nos petites lampes frontales. Le peloton est de plus en plus étiré et il nous arrive de ne pas voir d’autres coureurs pendant plusieurs minutes. Avec l’usure physique, c’est la partie du parcours la plus dure et il y a 13 bornes à parcourir jusqu’au Haras de Jardy. C’est l’endroit que j’ai le plus fréquenté pendant mon entraînement donc je connais quasiment chaque caillou par son prénom. Et ça monte (chouette) et ça descend (doigts de pied en feu : aie, aie, aie). Je me dis que ce serait sympa que ma femme accouche à ce moment là car je ne suis pas loin de la maison et qu’en plus ça me donnerait une bonne excuses pour bâcher…ça va pas ou quoi, abandonner jamais On se traîne comme on peut jusqu’au 63ème km. Des têtes connues nous attendent (ça booste) et rebelote : boisson chaude (vital car ça caille méchant), un réconfortant sandwich jambon/fromage, un coup de fil et hop ça repart pour éviter de se refroidir.

Partie IV : 63ème km jusqu’au 70ème km

Ça devient anecdotique : la tête veut avancer mais les jambes ont de plus en plus de mal à suivre (on est cuits de chez cuits). On bascule dans le Parc de St Cloud par Marnes La Coquette. On est toujours en terrain connu mais les 7 km jusqu’à la prochaine « soupe » sont interminables. Cependant avec une bonne alternance marche-coursette, ça fait son bonhomme de chemin. Dernier ravito avec la Tour Eiffel en « fond d’écran » : ça semble si proche…et tellement loin. Mon pote Laurent est là (finalement c’est lui le courageux de la journée : attente dans le froid jusqu’au bout de la nuit) et comme précédemment, on est heureux de voir une connaissance à qui on va pouvoir raconter ses malheurs de trailers.

Partie V : l’épilogue

Comme à chaque ravito, c’est toujours le même rituel…sauf que David sort son arme fatale qui va nous mettre un coup de fouet et nous faire finir en trombe les 10 derniers km. Monsieur a prévu la musique avec le MP3 et les enceintes (judicieusement accrochées au sac à dos). A nous le bon vieux rock n’roll. Nous allons quitter le milieu naturel pour rejoindre la sauvage civilisation. Nous sortons du Parc de St Cloud au niveau du Musée de Céramique à Sèvres direction les bords de Seine qui doivent nous mener à la Dame de Fer. Dans ma tête, je me dis que le record du monde du 10 000 m est au alentour de 26’ et des poussières et que je donnerai cher pour être au Champ de Mars en moins d’une demi-heure. Y a plus d’oxygène au cerveau, tout va dans ce qui reste de muscle donc on pense et on dit pas mal de conneries dans ces moments là. Honnêtement, la fin du parcours (en dehors de toute considération physique) est dégueulasse : les bords de Seine à certains endroits c’est vraiment glauque. Pour la beauté du parcours (et pour nos jambes aussi), il aurait été sympa que Monsieur Eiffel fasse construire sa Tour à la sortie du Parc de St Cloud. Vers Meudon, un caméraman nous a suivis pendant 10 bonnes minutes. Je ne sais toujours pas s’il faisait un reportage sur la course ou un documentaire sur les animaux qui vont à l’abattoir. Une fois passée l’Ile St Germain à Issy-les Moulineaux (à environ 5 km du but), nous privilégions la marche (la course devenant impossible). Nous voulions finir en moins de 10h et ce ne sera pas possible mais on essaye de garder un pas alerte pour finir sous les 10h30. Il fait vraiment froid, le vent qui souffle sur Paris est redoutable. Le balisage est un peu olé-olé à certains moments (on voit des coureurs au loin qui tracent tout droit hors parcours : ça faisait quelques zig-zags sur la fin). De toute façon, il est certain qu’avec le peu de lucidité restante et les débalisages sauvages, il était facile de sortir du tracé). Curieusement, on a l’impression que plus on approche de l’arrivée et plus la Dame de Fer s’éloigne. Ces salopards d’organisateurs, ils ont mis la Tour Eiffel sur des roulettes rien que pour nous emmerder. Finalement nous voilà aux pieds de l’objectif et on se dit que le plus dur reste à faire avec les 400 marches à venir. Madame est là (la courageuse), pause bisous rapide. Nous pénétrons sous une tente de l’organisation blindée de monde en train de manger et avec plein de bruit. Passage sur un podium avec lumière dans les yeux, je ne sais pas trop ce qui m’arrive (l’impression d’être un animal de cirque) : bizarre comme sensation. On nous donne un ticket et c’est parti pour l’ascension. Au vu de l’état physique, ça passe tout seul en même pas 5’ (un dernier coup d’adrénaline). Nous bouclons enfin en moins de 10h30 cette P-----G de course. Finalement, la descente par l’ascenseur (attendu pendant au moins une ½ heure) fût la plus terrible car il fallait jouer des coudes avec les touristes pour se faire une petite place. Quel calvaire ! A ce moment, j’en ai fini avec ma modeste carrière sportive. Je vais bientôt être père de famille et c’est fini les conneries. Je vais regarder les matchs de rugby avec ma gamine sur les genoux tout en sirotant des bières : voilà le programme de ma future vie. Je ne veux plus entendre parler de sport. En plein effort, c’était affreux mais on arrivait à peu près à faire quelque chose. Presque ¾ d’heure après l’arrivée et avec l’organisme qui s’est refroidi : y a pas de mots pour décrire les sensations = courbature géante de la tête aux pieds serait une bonne définition. Le moindre trottoir (si petit soit-il) est un Everest à gravir, mes doigts de pied ressemblent à un feu multicolore et j’ai vraiment du mal à me glisser dans la voiture. Vivement le retour à la maison : une bonne douche, une petite collation et un bon sommeil. Je pense déjà au bon petit-déjeuner qui m’attend le lendemain matin (Nesquik-pains au chocolat). Au lever, c’est pas joli-joli (je marche encore comme un cow-boy : ce qui va encore durer 2/3 jours) mais le moral est là puisque j’ai envie de refaire du sport…dans une vingtaine d’années quand les enfants auront quitté la maison. Un mec qui a pris le départ avec nous (du même club que David) et qui finit la course en 12h, était à la sortie vélo de son club le dimanche matin (80 bornes) ???? il y a certaines choses qu’il faudra m’expliquer !

Voilà, c’était mon long récit de l’Eco Trail de Paris. C’était une belle course, une belle expérience mais préparée un peu trop à l’arrache quand même. Avec plus d’entraînement (on avait fait le minimum syndical par rapport au délai), il y a moyen de bien s’amuser sur ce type d’épreuve. Un conseil, éviter ce genre de pari avec vos amis.

Merci à Anne-Lise (et au bébé) pour leur soutien, leur accompagnement et leur compréhension, à nos amis qui sont venus nous encourager et aux organisateurs pour nous avoir concocté une course bien sympathique (même si je reconnais ne pas toujours avoir tenu ce discours pendant la course).

Finalement, j’ai décidé de me remettre au sport…objectif d’ici 2 ou 3 ans : l’Ultra Trail du Mont-Blanc (163 km).

Merci de votre attention

Samedi 6 Décembre 2008
David Quérel
Lu 712 fois
Accueil Accueil          Partager Partager

Saison 2011-2012 | Saison 2010-2011 | Saison 2009-2010 | Saison 2008-2009 | Saison 2007-2008 | Saison 2006-2007 | Saison 2005-2006 | Saison 2004-2005






L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31

ANQUETIL Baptiste
ARNULF Philippe
AUDRAIN Yoan
AVELINE Ludovic
BARADJI Coumba
BARDOUX Gilles

nanterre